Ce sont nos héros des temps modernes. Leurs bras sont atrophiés car inutiles. Ils se dandinent de manière plus ou moins ordonnée sur des grands rectangles de pelouse verte, ou parfois sur des petits rectangles plats à coins carrés posés devant le canapé.
Cette forme hominidée dégénérée du manchot empereur est couramment appelée "manchot footballeur" et dans sa forme usuelle abrégée "footballeur" tout court.
De nombreuses caractéristiques de cette espèce sont disponibles sur wikipédia. Voici une synthèse de ce qu'il convient de retenir pour avoir un minimum de prestance au café philo du village ("Chez Titi", place de la poste, tous les samedis soirs).
Le plumage est monochrome sur le ventre et floqué d'un chiffre noir foncé sur le dos. L'individu au plumage noir est pourvu d'un bec incurvé partiellement emplumé, noir aussi, orné d'une bande orange sur la mandibule inférieure, qui lui entoure le cou. Il a le titre d' "arbitre" ; c'est une sorte de médiateur de la république impériale.
Les pattes palmées sont noires, avec les trois bandes "adidas" bien en évidence. La séparation entre le monochrome du ventre et le monochrome des pattes est matérialisée par une bande épaisse (également monochrome en général) appelée "short". Ces touches de couleur confèrent à cet oiseau un aspect esthétique du plus bel effet.
Le poussin ressemble à une peluche. Mais aussi le benjamin, le minime, le cadet. Mais pas le junior, qui est beaucoup trop gros pour attendrir. Les adultes sont très semblables aux immatures mais en un peu plus vieux. (...)
La morphologie du manchot, que ses ailes atrophiées ont rendu inapte au vol, est adaptée à la course : son corps rigide et son cou court lui permettent de se propulser sur l'herbe à une vitesse de 5 à 10 km/h, avec des pointes pouvant atteindre 30 km/h. Sa densité corporelle est élevée, ses ailes lui servent de balancier et ses pattes de gouvernail. Ses courses sont profondes (plus de 100 m) et ne durent que quelques secondes. (...)
Lors de grand matchs, après avoir marqué un but, les manchots forment « la tortue » : ils se rassemblent en groupe compact, limitant ainsi en périphérie le contact avec le public. Une rotation s'organise entre les manchots du bord et ceux du centre afin que ce ne soit pas toujours les mêmes individus qui soient exposés aux flashs. (...)
Le taux de fécondité des manchots footballeur est très faible puisqu'il est d'en moyenne un oeuf pour 22 adultes. Le manchot médiateur de la république impériale parvient cependant à améliorer les statistiques par un subtil jeu de distribution de cartons jaunes et rouges. Le Manchot empereur ne nidifie pas (la terre étant couverte d'herbe), mais il porte l’œuf sur ses pieds en permanence sauf quand il tente d'en briser la coquille avec la tête. Après la ponte, les femelles transmettent l'œuf aux mâles, qui aussitôt passent à l'aile pour un périple sur la banquise verte débouchant sur un centre millimétré et une reprise de volée acrobatique. Ou pas. (...)
Une caractéristique supplémentaire, non mentionnée dans wikipédia, m'interpelle grandement. Voici donc.
Chez les manchots footballeurs, la saison des migrations s'appelle "mercato", ou saison des transferts. Mais le terme italien est plus usité. Ce côté latin, chantant, chaleureux plaît beaucoup aux scientifiques spécialistes de l'espèce que l'on nomme journalistes sportifs. Un synonyme moins répandu est "foire aux bestiaux", qu'on a plus l'habitude d'associer à des Blondes d'Aquitaine ou des Limousines qu'à des Empereurs, il faut bien avouer. Pourtant si on se base sur le degré d'autodétermination de sa propre destinée, à ras des pâquerettes, on en est très proche, de la foire aux bestiaux ... Ou de la foire aux esclaves ... Ou plutôt de la foire aux gladiateurs. Parce que c'est bien de ça qu'il s'agit au fond. Les jeux du cirque des temps modernes. Occuper du temps de cerveau disponible et spéculer tranquillement. Moins on laisse le gladiateur libre, mieux ça marche. Plus on le paye, plus ça marche encore mieux. Plus on lui dit qu'il est trop beau, mieux encore ça marche plus. C'est ainsi que le manchot empereur footballeur se voit attribuer des revenus impériaux et fait l'objet de négociations farouches pendant la période migratoire. Le pompon sur le pingouin, c'est l'anarchie qui se généralise à la fin de cette période. Où l'on voit que pendant que des manchots bien installés sur leur coin de glacier commencent à marquer leur territoire et organiser leur petite vie (préparation physique, entraînements, établissement de plan tactiques, etc.), d'autres continuent leur tour de banquise, sans savoir dans quelle colonie ils vont atterrir finalement. Parfois on voit des manchots tardifs lorgner avec envie un groupe déjà bien établi. Le territoire est grand et beau. Les femelles sont canons. Les potes empereurs sont super balaises et vont tout rafler c'est sûr. Et paf ! On leur agite un banc d 'eurosardines bien fraîches devant le nez pour qu'ils changent d'option migratoire. Et souvent ça marche. Enfin, ça dandine ...
Deux trucs me chagrinent dans ce documentaire animalier.
La première c'est que dans "forme hominidée dégénérée du manchot empereur" il y a "hominidée". C'est à dire que dans footballeur, il y a homme. Il devrait donc y a voir dignité...
La deuxième c'est que dans "héros des temps modernes" il y a "héros". C'est à dire qu'il y a là un modèle qui reflète les valeurs d'une société, qui guide ses orientations. Et en restant poli il se trouve que bordel de merde, ce putain de modèle "footballstarsystem" me les brise menues.
Ca va mieux en le disant. Je vais pouvoir aller tranquillement jouer au ballon avec mes filles demain ...
Cette forme hominidée dégénérée du manchot empereur est couramment appelée "manchot footballeur" et dans sa forme usuelle abrégée "footballeur" tout court.
De nombreuses caractéristiques de cette espèce sont disponibles sur wikipédia. Voici une synthèse de ce qu'il convient de retenir pour avoir un minimum de prestance au café philo du village ("Chez Titi", place de la poste, tous les samedis soirs).
Le plumage est monochrome sur le ventre et floqué d'un chiffre noir foncé sur le dos. L'individu au plumage noir est pourvu d'un bec incurvé partiellement emplumé, noir aussi, orné d'une bande orange sur la mandibule inférieure, qui lui entoure le cou. Il a le titre d' "arbitre" ; c'est une sorte de médiateur de la république impériale.
Les pattes palmées sont noires, avec les trois bandes "adidas" bien en évidence. La séparation entre le monochrome du ventre et le monochrome des pattes est matérialisée par une bande épaisse (également monochrome en général) appelée "short". Ces touches de couleur confèrent à cet oiseau un aspect esthétique du plus bel effet.
Le poussin ressemble à une peluche. Mais aussi le benjamin, le minime, le cadet. Mais pas le junior, qui est beaucoup trop gros pour attendrir. Les adultes sont très semblables aux immatures mais en un peu plus vieux. (...)
La morphologie du manchot, que ses ailes atrophiées ont rendu inapte au vol, est adaptée à la course : son corps rigide et son cou court lui permettent de se propulser sur l'herbe à une vitesse de 5 à 10 km/h, avec des pointes pouvant atteindre 30 km/h. Sa densité corporelle est élevée, ses ailes lui servent de balancier et ses pattes de gouvernail. Ses courses sont profondes (plus de 100 m) et ne durent que quelques secondes. (...)
Lors de grand matchs, après avoir marqué un but, les manchots forment « la tortue » : ils se rassemblent en groupe compact, limitant ainsi en périphérie le contact avec le public. Une rotation s'organise entre les manchots du bord et ceux du centre afin que ce ne soit pas toujours les mêmes individus qui soient exposés aux flashs. (...)
Le taux de fécondité des manchots footballeur est très faible puisqu'il est d'en moyenne un oeuf pour 22 adultes. Le manchot médiateur de la république impériale parvient cependant à améliorer les statistiques par un subtil jeu de distribution de cartons jaunes et rouges. Le Manchot empereur ne nidifie pas (la terre étant couverte d'herbe), mais il porte l’œuf sur ses pieds en permanence sauf quand il tente d'en briser la coquille avec la tête. Après la ponte, les femelles transmettent l'œuf aux mâles, qui aussitôt passent à l'aile pour un périple sur la banquise verte débouchant sur un centre millimétré et une reprise de volée acrobatique. Ou pas. (...)
Une caractéristique supplémentaire, non mentionnée dans wikipédia, m'interpelle grandement. Voici donc.
Chez les manchots footballeurs, la saison des migrations s'appelle "mercato", ou saison des transferts. Mais le terme italien est plus usité. Ce côté latin, chantant, chaleureux plaît beaucoup aux scientifiques spécialistes de l'espèce que l'on nomme journalistes sportifs. Un synonyme moins répandu est "foire aux bestiaux", qu'on a plus l'habitude d'associer à des Blondes d'Aquitaine ou des Limousines qu'à des Empereurs, il faut bien avouer. Pourtant si on se base sur le degré d'autodétermination de sa propre destinée, à ras des pâquerettes, on en est très proche, de la foire aux bestiaux ... Ou de la foire aux esclaves ... Ou plutôt de la foire aux gladiateurs. Parce que c'est bien de ça qu'il s'agit au fond. Les jeux du cirque des temps modernes. Occuper du temps de cerveau disponible et spéculer tranquillement. Moins on laisse le gladiateur libre, mieux ça marche. Plus on le paye, plus ça marche encore mieux. Plus on lui dit qu'il est trop beau, mieux encore ça marche plus. C'est ainsi que le manchot empereur footballeur se voit attribuer des revenus impériaux et fait l'objet de négociations farouches pendant la période migratoire. Le pompon sur le pingouin, c'est l'anarchie qui se généralise à la fin de cette période. Où l'on voit que pendant que des manchots bien installés sur leur coin de glacier commencent à marquer leur territoire et organiser leur petite vie (préparation physique, entraînements, établissement de plan tactiques, etc.), d'autres continuent leur tour de banquise, sans savoir dans quelle colonie ils vont atterrir finalement. Parfois on voit des manchots tardifs lorgner avec envie un groupe déjà bien établi. Le territoire est grand et beau. Les femelles sont canons. Les potes empereurs sont super balaises et vont tout rafler c'est sûr. Et paf ! On leur agite un banc d 'eurosardines bien fraîches devant le nez pour qu'ils changent d'option migratoire. Et souvent ça marche. Enfin, ça dandine ...
Deux trucs me chagrinent dans ce documentaire animalier.
La première c'est que dans "forme hominidée dégénérée du manchot empereur" il y a "hominidée". C'est à dire que dans footballeur, il y a homme. Il devrait donc y a voir dignité...
La deuxième c'est que dans "héros des temps modernes" il y a "héros". C'est à dire qu'il y a là un modèle qui reflète les valeurs d'une société, qui guide ses orientations. Et en restant poli il se trouve que bordel de merde, ce putain de modèle "footballstarsystem" me les brise menues.
Ca va mieux en le disant. Je vais pouvoir aller tranquillement jouer au ballon avec mes filles demain ...
1 commentaire:
Ajoutons, pour rester dans l'ambiance de foire aux bestiaux... Depuis peu, les femmes de joueurs sont autorisées à accompagner leur cher amour dans leur retraite d'entraînement pré-grand-événement. Eh oui ! l'effet bénéfique post-coïtal en terme de performance est désormais jugé supérieur à l'effet éventuellement néfaste en terme de cohésion du groupe, de l'introduction dans le groupe de mâles d'une femelle pondeuse.
Ca laisse rêveur...
Allez les gars, pour être en forme demain, un plat de pâtes, une gonzesse et au lit !
Ils sont nos gladiateurs, leur potion : une femelle supervitaminée, recyclable si affinité, que du bonheur...
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