Le matin je dépose mon adorable fillette à la crèche du village. C'est un chouette moment. Je me régale. Vraiment. Et depuis janvier 2008, je dois avouer que j'ai des picotements le long ma colonne vertébrale rien qu'à l'idée d'aller confier ma poulette à la toute nouvelle hôtesse d'accueil.Elle est jeune. Branchée. Lumineuse. Colorée. Elle a un ventre plat qui appelle de délicates caresses. Ce que je ne manque pas de lui offrir tous les jours du bout de mes phalanges, dans un rituel maintenant parfaitement établi. Elle n'est pas bavarde, mais elle aime bien que je lui parle de la nature, et du temps qui passe. Elle aime surtout les poneys, les grenouilles, et les cerises. En fait elle n'aime que les poneys, les grenouilles, et les cerises. Et elle demande tout le temps quelle heure il est. Et elle s'énerve si je m'avise d'élargir la discussion aux mouettes ou aux poivrons verts. Elle est assez rigide, je vous l'accorde. Carrée en somme. C'est ça, elle est carrée. Et suspendue au mur à gauche en rentrant. Et puis elle est maquée par Windows Vista. Ce qui lui permet d'être inopérationnelle régulièrement. Ce qui me permet à moi de dire autre chose que poney, grenouille, cerise à des vraies jeunes femmes sans doute plus arrondies, moins jeunes, moins branchées, moins lumineuses certains matins ... sans leur caresser le ventre (à leur grand regret j'imagine ...), mais en les regardant dans les yeux et avec un sourire en guise de message de validation. Merci Windows, et merci à tes bugs pour ces instants d'humanité. Ca fait du bien.
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Cette histoire de cyber hôtesse d'accueil c'est un peu la goutte de javel qui fait déborder le vase.
La touche finale (?) à un empilement d'éléments aseptisant qui dure depuis les quelques années que je confie mes enfants à une structure d'accueil collective.
Ca commence par l'interdiction de porter des gâteaux faits maison pour les anniversaires. Ben oui, on sait pas ce qu'ils mettent dedans les papa-mamans. Alors que les bons biscuits préparés par tonton Nestlé, on sait parfaitement ce qu'il y a dedans. Du bon glutamate, des gentils conservateurs E210 ou E216 pour empêcher les vilaines bactéries de venir manger le bon gâteau à notre place et nous filer des vilaines gastro, et puis tout l'amour de tonton Nestlé, qui rend le partage des portions individuelles si convivial.
Après il y a les grincements de dents à l'idée d'accepter des couches lavables en collectivité. La encore on invoque Saint Javel et le besoin d'asepsie pour faire comprendre que bof bof c'est pas cool. Alors que c'est si simple de me convaincre en invoquant un vrai problème d'organisation ou même le bilan écologique assez médiocre du principe des couches lavables s'il induit une machine quotidienne supplémentaire à 90°C avec plein de tensio-actifs et de phosphates, et une boîte de Guronsan par semaine pour chacun des parents ...
Ensuite il y a la construction d'une structure d'accueil flambant neuve, pour remplacer la crèche trop vétuste et limitée en places. Une vraie réussite. C'est plus vétuste du tout du tout. C'est très grand. Et c'est très propre. Boudu comme c'est propre. Ca brille partout. Pour aller chez les petits, on met des chaussons pour pas apporter du cacabeurk de dehors. C'est la classe. Les parents ont l'impression de prendre de l'importance. Ca leur rappelle les scènes de chirurgie dans Urgence. Oooooooh ! Mon dieu ! Mais c'est qui qui arrive là, avec les bleus et blancs taille 42 ? Ce serait pas Georges Clooney le fameux pédiatre ? Aaaaaaaaaaaah .... pincez-moi, je rêeêeêve ! - oui vous rêvez, c'est juste le papa de Mahault, ça.
Mais cette crèche elle n'est pas que propre. Elle est aussi terriblement fonctionnelle, impeccablement adaptée à la vie de nos chérubins et du personnel qui les encadre. Tout est étudié. Impossible de se coincer les doigts dans une porte. Impossible de fuguer si on fait moins de 1m60. Impossible de s'écorcher les genoux sur les gravillons, vu qu'il n'y en a pas. On peut même pas se faire un bosse, avec le revêtement en caoutchouc aggloméré qui sent bon le solvant nouvelle génération. Mmmmmhhhh ...
Et bien sûr, il y a la magnifique cyber-puéricultrice à l'accueil. Qui permet de maintenir l'attention de tout le personnel sur les enfants pendant qu'on remplit tout seul la fiche d'arrivée en lui caressant le ventre tendrement. Ce qui est bien c'est que dans un souci de mixité sociale, on n'a pas besoin de savoir lire pour "pointer", puisque les enfants sont répertoriés par des codes animaux/objets/fruits/légumes. Ca a du être conçu pour augmenter l'autonomie de nos petits chérubins. "Ah, salut Mahault, t'es rentrée de la crèche ! T'as pas oublié de pointer en sortant ma chérie ?". Difficile pour ceux qui ont tâté de la chose de ne pas faire le rapprochement avec le parking du Capitole. Mais pour être aussi performant, il faudrait que le logiciel du parking te demande quand t'as eu ton dernier repas, et si t'as bien dormi, afin de t'orienter vers les boutiques ou restos les plus appropriés, dans le respect de ton rythme biologique. "Et Mahault, tu la fais garder comment la journée ? - Elle est parquée à deux pas de l'école c'est super pratique".
Outre les progrès purement matériels et hygiéniques, la marche en avant de la crèche vers la modernité s'est accompagné de ce qu'on pourrait appeler une rationalisation de son organisation. Les entrées et sorties sont soumises à des règles de plus en plus strictes. Pour satisfaire à la sécurité des enfants, bien sûr. Mais aussi à la gestion comptable de la structure. Dernier progrès en date : le décompte du temps de garde, basé sur un forfait établi pour l'année mentionnant les heures exactes d'arrivée et de départ des minots, avec comme principe que toute 1/2 heure hors forfait entamée est due. C'est bon pour la morale. On y réfléchit à deux fois maintenant avant de s'arrêter au bistrot prendre un demi avec ses potes en sortant du boulot, ou avant de proposer un petit quart d'heure crapuleux à sa maîtresse derrière le parking de Carrouf. Bon par contre pour ce qui est de travailler plus pour gagner plus, c'est pas ça, hein ... Mais bon, il faut savoir mettre des priorités aussi sur les objectifs de la nation.
Soyons clairs, cette crèche elle tend vers la perfection. Les enfants y sont bien, ils ont des jeux merveilleux, ils s'éclatent, etc. Le personnel, à part la petite au ventre plat et coins carrés, sont compétents et attentionnés. Mais elle prend une direction qui me rappelle trop deux priorités de l'époque qui me chagrinent plus qu'un peu : sécurité / rentabilité. Peut-être est-ce encore un peu tôt, mais il me semble qu'il manque quelque chose de fondamental dans cet endroit. Ca pourrait s'appeler une âme ...
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J'ai le souvenir d'avoir été terriblement oppressé par la scène finale de E.T. l'Extra-Terrestre. Le petit être de l'espace est mourant, il est dans une unité mobile d'hospitalisation complètement aseptisée où tout le monde est équipé de protections pour éviter toute contamination. C'est glacial. La lumière est aveuglante. Ca fait peur. C'est terriblement inhumain. J'ai le cœur serré.
Et bien tout suite, là, je préfèrerais zapper et revoir un truc genre la guerre des boutons, ou jeux interdits ...
1 commentaire:
Monsieur Dabdoub,
Si votre rame se rapporte à votre plume, la barque dans laquelle vous nous menez brille d'infiniment plus de lumière que la galère dans laquelle nous sommes embarqués ici bas, dans ce monde merveilleux... Pour paraphraser le titre d'un joli "film"/montage d'animation sorti récemment, "Peur(s) du Noir", ce serait dans "Peur(s) des couleurs", qu'on serait... Idéal de blanc, glurps...
Et je m'en masse encore les côtes de rire ;)
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